Müllheim im Markgräflerland : une ville née du vin, façonnée par les frontières et les réseaux

Située entre le piémont de la Forêt-Noire et la plaine du Rhin, Müllheim occupe une position très particulière dans le Markgräflerland : un couloir de circulation nord-sud (vers Fribourg et Bâle) et un espace de contact permanent avec l’Alsace. Son histoire est donc celle d’un bourg agricole et viticole devenu centre administratif, puis ville de garnison et nœud de transports, tout en gardant une identité fortement liée au vin et aux villages environnants.

Des traces antiques à la première mention écrite

Bien avant d’apparaître dans les textes, le site est habité. Les sources locales rappellent que des trouvailles archéologiques attestent de présences romaines et alémaniques. Lors de travaux à la Martinskirche (années 1980), des fouilles ont notamment mis au jour des éléments d’une villa romaine, signe d’une mise en valeur agricole importante à l’époque antique.

La première mention écrite communément retenue date de 758 : un acte de donation conservé à l’abbaye de Saint-Gall cite la villa Mulinhaimo (forme ancienne de Müllheim), avec des biens comprenant déjà des vignes. Cette présence du vignoble dès les textes fondateurs est un fil rouge de l’histoire locale.

Du Moyen Âge au début des Temps modernes : la “Herrschaft” de Badenweiler et la construction du Markgräflerland

Pendant des siècles, le destin de Müllheim est étroitement lié à la seigneurie (Herrschaft) de Badenweiler. Les sources touristiques locales résument une succession de dominations féodales typiques du sud-ouest allemand : après des phases sous influence des Zähringen puis des comtes de Fribourg, la seigneurie passe en 1444 aux margraves de Hachberg-Sausenburg, puis en 1503 à la maison de Bade – étape qui structure durablement la région et contribue à l’émergence du Markgräflerland “badenois”.

Ce cadre politique n’est pas qu’une affaire de blasons : il influence la fiscalité, l’organisation des villages, les droits de justice, et surtout l’économie rurale — dans laquelle la vigne prend une place centrale grâce au climat favorable et aux échanges le long du Rhin.

Deux villages qui deviennent une ville : marchés, administration et essor viticole

Un point souvent rappelé par les sources municipales : le “Müllheim” ancien se compose à l’origine de deux localités (Ober- et Untermüllen / Ober- et Niedermüllheim selon les formulations). Leur fusion et l’affirmation du bourg se font par étapes.

1698 : le droit de marché, moteur de relance

Après les violences et crises de l’époque moderne (guerres, passages d’armées), Müllheim obtient en 1698 le droit de tenir un marché hebdomadaire. Le marché n’est pas seulement un événement commercial : c’est un levier de reconstruction, de circulation monétaire et de spécialisation (produits agricoles, artisanat, vin).

1727 : le tournant administratif

En 1727, la délocalisation du siège administratif (Amtssitz) de Badenweiler vers Müllheim joue un rôle déterminant : l’arrivée de fonctionnaires, d’artisans et de services fait grandir la localité et accélère le passage d’un bourg rural à une petite ville de fonctions.

1810 : Müllheim reçoit les droits de cité

La reconnaissance officielle arrive avec l’octroi des Stadtrechte en 1810. Müllheim devient alors une véritable ville, qui consolide son statut de centre local et renforce sa capacité d’organisation (administration, justice, infrastructures).

Le XIXᵉ siècle : transports, modernisation et “capitale” viticole locale

Le XIXᵉ siècle est celui des réseaux.

Le rail : ouverture et accélération

L’arrivée du chemin de fer sur l’axe Mannheim–Bâle transforme la connectivité de la ville. Le bahnhof de Müllheim ouvre en 1847 sur la grande ligne du Rhin, et la gare devient progressivement un point de bifurcation important (liaisons vers l’Alsace, et plus tard vers Badenweiler).

1872 : naissance du Weinmarkt

En 1872, Müllheim lance son marché aux vins (Weinmarkt). Les documents touristiques expliquent que l’initiative s’inscrit dans une politique du ministère badois du commerce visant des places viticoles connectées au rail ; et fait notable, parmi ces Weinmärkte, celui de Müllheim est le seul à avoir perduré. C’est l’un des grands marqueurs identitaires de la ville, qui se positionne comme centre du vignoble du Markgräflerland.

Le “Bähnle” pour Badenweiler

À la fin du siècle, la petite ligne Müllheim–Badenweiler (ouverte en 1896) illustre le lien entre ville et thermalisme régional (Badenweiler), d’abord en traction vapeur puis électrifiée en 1914, avant sa fermeture au milieu du XXᵉ siècle.

XXᵉ siècle : garnison, ruptures politiques et mémoire

Une ville de garnison

Müllheim devient ville de garnison au début du XXᵉ siècle (les sources locales évoquent 1905/1906). Cette dimension militaire reste un trait structurant du paysage urbain et social.

Après 1945, la présence militaire évolue et, dans l’Europe de la réconciliation, Müllheim accueille le siège d’état-major de la Brigade franco-allemande, unité binationale créée en 1989 et installée à Müllheim.

Vie juive, persécutions et traces dans la ville

Comme beaucoup de villes du sud-ouest, Müllheim a connu une vie juive significative à l’époque moderne et contemporaine. Une source patrimoniale du Land (LEO-BW) documente la présence de familles juives “protégées” dès le début du XVIIIᵉ siècle et l’évolution démographique au fil du temps.

Cette histoire est brisée sous le nazisme : la place de l’ancienne synagogue est aujourd’hui un lieu de mémoire, et les sources touristiques locales rappellent la dévastation lors du pogrom de 1938 et l’effacement progressif de cette présence, jusqu’à l’abandon puis la disparition du bâtiment dans l’après-guerre.

De la réforme territoriale à la ville actuelle

Dans l’Allemagne d’après-guerre, les réformes administratives redessinent les cartes locales. Müllheim perd le Kreissitz (chef-lieu d’arrondissement) en 1971, mais s’agrandit par l’intégration de communes voisines entre 1971 et 1974 (Britzingen, Dattingen, Feldberg, Hügelheim, Niederweiler, Vögisheim, Zunzingen). La ville devient ainsi un pôle urbain plus large, au service d’un bassin de vie et d’un territoire viticole.

En 2003, elle reçoit aussi le label de “station de repos reconnue par l’État” (Staatlich anerkannter Erholungsort), confirmant un positionnement mêlant qualité de vie, tourisme doux et culture locale.

Repères chronologiques (dates-clés)

  • 758 : première mention écrite (villa Mulinhaimo) dans une donation à Saint-Gall
  • 1698 : droit de marché hebdomadaire
  • 1727 : transfert du siège administratif de Badenweiler à Müllheim
  • 1810 : Müllheim reçoit les droits de cité
  • 1847 : arrivée du rail (gare sur l’axe Mannheim–Bâle)
  • 1872 : premier Müllheimer Weinmarkt
  • 1905/1906 : Müllheim devient ville de garnison
  • 1971–1974 : réforme territoriale et intégration de communes
  • 1989 : création de la Brigade franco-allemande (état-major à Müllheim)