Scarabée japonais : la menace se rapproche

David Banair • 25 juillet 2026

Petit, brillant et presque élégant, le scarabée japonais n’a rien d’impressionnant au premier regard. Pourtant, les autorités agricoles suisses, françaises et allemandes le surveillent de très près. Depuis le début de la saison 2026, 77 spécimens ont déjà été capturés dans les deux cantons de Bâle. Un chiffre qui confirme que l’insecte n’est plus seulement un visiteur occasionnel dans la région.

À première vue, on pourrait facilement passer à côté. Le scarabée japonais mesure à peine un centimètre, soit moins qu’une pièce d’un centime. Sa tête et son thorax brillent d’un vert métallique, tandis que ses ailes sont brun cuivré. Le détail qui permet vraiment de le reconnaître se trouve sur son abdomen : cinq petites touffes de poils blancs de chaque côté, auxquelles s’ajoutent deux touffes plus visibles à l’arrière.

Derrière cette apparence presque décorative se cache pourtant l’un des ravageurs agricoles les plus redoutés actuellement en Europe.

77 scarabées capturés depuis le début de la saison

Le 22 juillet 2026, les autorités de Bâle-Ville et de Bâle-Campagne ont publié un nouveau bilan : 77 scarabées japonais ont été capturés depuis le début de la période de vol.

Parmi eux, 33 ont été trouvés dans le canton de Bâle-Ville et 44 dans celui de Bâle-Campagne. Des pièges supplémentaires ont été installés autour des lieux de découverte et sont contrôlés deux fois par semaine. Les autorités parlent toujours d’une situation « tendue ».

Il faut toutefois lire ce nombre correctement. Les 77 individus correspondent uniquement aux insectes tombés dans les pièges ou découverts par les équipes de surveillance. Ce chiffre ne permet pas de connaître la taille réelle de la population présente dans la région.

Le mois de juillet est précisément la période où les adultes sont les plus actifs. Ils se nourrissent, s’accouplent et cherchent des sols humides et couverts d’herbe pour pondre leurs œufs. Quelques semaines plus tard, les larves éclosent sous terre et commencent à manger les racines des graminées. La période de vol peut se prolonger jusqu’en septembre selon les conditions météorologiques.

Pourquoi demande-t-on aux habitants de ne plus arroser leur pelouse ?

La recommandation peut paraître étrange en pleine période de chaleur : dans les secteurs touchés autour de Bâle, les autorités demandent aux habitants de ne plus arroser leur pelouse, ou tout au moins de limiter fortement l’arrosage.

La raison est simple. Les femelles recherchent des sols humides pour pondre. Une pelouse fraîchement arrosée devient donc un endroit idéal pour leurs œufs et leurs futures larves. À l’inverse, quelques jours de sécheresse du sol peuvent déjà compliquer la ponte et réduire les chances de survie des larves.

Les arbres et les arbustes peuvent continuer à être arrosés directement au pied, tout comme les fleurs, les légumes et les plantes en pot. L’objectif n’est pas de laisser mourir les jardins, mais d’éviter de créer de grandes surfaces herbeuses humides particulièrement attirantes pour l’insecte.

Des restrictions concernent également le transport des déchets verts, des plantes avec leurs racines, du compost et des trente premiers centimètres de terre dans les zones infestées. Les larves peuvent en effet voyager cachées dans le sol, tandis que les adultes peuvent être transportés avec les végétaux coupés.

Un insecte capable de manger presque tout

Le vrai problème du scarabée japonais, c’est son appétit.

Plus de 400 espèces végétales peuvent lui servir de nourriture. Les adultes mangent les feuilles, les fleurs et les fruits. Ils apprécient notamment la vigne, le maïs, les arbres fruitiers, les fraisiers, les framboisiers, les mûriers, les haricots, les asperges et la rhubarbe. Dans les jardins, on les retrouve volontiers sur les rosiers et les glycines, mais aussi sur les tilleuls, les érables, les noisetiers, les bouleaux, les platanes et les saules.

Lorsqu’ils sont nombreux, les scarabées se regroupent sur une même plante. Ils mangent alors la partie tendre des feuilles en laissant les nervures intactes. La feuille finit par ressembler à une dentelle ou à un squelette. Ce phénomène est appelé « squelettisation ».

Sous terre, les larves s’attaquent aux racines des pelouses, des prairies et de certaines cultures. Une forte concentration peut provoquer des plaques d’herbe brune et fragiliser durablement les terrains agricoles, les jardins, les parcs ou les terrains de sport.

L’insecte ne représente en revanche aucun danger sanitaire particulier pour les humains ou les animaux domestiques. Le risque est agricole, économique et environnemental.


Une progression partie du nord de l’Italie

Le scarabée japonais est originaire d’Asie. Une importante population a été découverte en 2014 dans le nord de l’Italie, avant de s’étendre rapidement en Lombardie, dans le Piémont et en Émilie-Romagne. Le Tessin suisse a été atteint en 2017. Des populations ont ensuite été confirmées près de Zurich et dans le Valais en 2023, puis dans la région de Bâle en 2024.

L’insecte peut voler et progresser naturellement de quelques kilomètres chaque année. Mais son moyen de transport le plus efficace reste l’être humain.

Il se cache dans les voitures, les trains, les camions, les bagages, le matériel de camping ou les chargements de végétaux. Ses larves peuvent voyager dans les pots de fleurs, les mottes de terre, le gazon en rouleau, le compost ou les déblais de chantier. Les services agricoles le décrivent d’ailleurs souvent comme un « auto-stoppeur ».

C’est ce phénomène qui inquiète particulièrement dans le Rhin supérieur, où les déplacements entre la Suisse, l’Alsace et le Bade-Wurtemberg sont quotidiens.


Des captures en Alsace, mais pas encore de foyer confirmé

La France a découvert ses premiers scarabées japonais durant l’été 2025. Cinq adultes avaient alors été signalés dans le Grand Est : à la gare de Mulhouse, à la gare de Strasbourg, près de l’aire autoroutière de Saint-Hippolyte, à Saint-Louis et sur le véhicule d’un particulier.

Les recherches menées après ces découvertes n’avaient pas permis de trouver d’autres insectes à proximité. Les autorités françaises avaient donc conclu qu’il s’agissait probablement de spécimens isolés transportés par des trains, des voitures ou des camions, et non d’une population déjà installée.

La surveillance a été renforcée en 2026. Un premier scarabée a été capturé à Strasbourg le 26 juin, puis un second quelques jours plus tard dans le même secteur. Des pièges supplémentaires et des prospections ont immédiatement été mis en place. Pour le moment, les autorités françaises considèrent encore qu’il pourrait s’agir d’« auto-stoppeurs », mais les recherches se poursuivent.

À proximité immédiate de Bâle, la zone réglementée française a par ailleurs été agrandie. Elle concerne désormais six communes frontalières et englobe notamment une partie de l’EuroAirport ainsi que de la Petite Camargue alsacienne. Les déplacements de déchets verts, de terre et de certains végétaux y sont soumis à des règles particulières.


Quatre nouveaux scarabées capturés à Freiburg

Le Bade-Wurtemberg est également directement concerné.

Quatre scarabées japonais ont été capturés à Freiburg au début de la saison 2026. Ils ont été trouvés dans le même secteur que les trente individus capturés durant l’été 2025, autour du quartier de la gare de marchandises. La zone réglementée existante n’a donc pas été agrandie pour le moment, mais les mesures restent en vigueur.

Dans la zone infestée, l’arrosage des pelouses et des surfaces herbeuses est interdit pendant la période de vol. Des règles s’appliquent également au transport des déchets verts et de la couche supérieure du sol. Une zone tampon d’au moins cinq kilomètres entoure les lieux où des insectes ont été confirmés.

Plus au sud, certaines parties du Landkreis de Lörrach sont déjà intégrées à la zone délimitée liée au foyer bâlois, notamment autour de Weil am Rhein.


Et à Müllheim ?

À la date du 23 juillet 2026, les informations officielles disponibles ne font état d’aucune capture confirmée à Müllheim même. Les secteurs allemands actuellement documentés se situent principalement autour de Freiburg ainsi que dans le Landkreis de Lörrach, à proximité de la frontière suisse.

Ce constat est rassurant, mais il ne permet pas d’écarter le risque.

Müllheim et le Markgräflerland se trouvent entre les deux secteurs surveillés de Bâle-Lörrach et de Freiburg. La région est traversée par l’autoroute A5 et par la ligne ferroviaire de la vallée du Rhin, deux types d’axes autour desquels les services phytosanitaires installent précisément leurs pièges. Le Bade-Wurtemberg concentre une grande partie de sa surveillance à proximité des autoroutes et des gares de marchandises, car les transports jouent un rôle majeur dans la dispersion de l’insecte.

Pour une région viticole comme le Markgräflerland, l’arrivée durable du scarabée japonais serait loin d’être anodine. La vigne fait partie de ses plantes préférées, tout comme de nombreux arbres fruitiers, les petits fruits, le maïs et les rosiers.

Il ne s’agit pas d’annoncer une invasion imminente à Müllheim. Mais les captures répétées au nord comme au sud montrent clairement que le sujet ne concerne plus uniquement la Suisse.


Comment le reconnaître sans le confondre ?

Le scarabée japonais peut être confondu avec plusieurs insectes locaux parfaitement inoffensifs, notamment le hanneton horticole ou le cétoine doré.

Les touffes de poils blancs sont donc le meilleur moyen de l’identifier : cinq de chaque côté de l’abdomen et deux plus grandes à l’arrière. Sa taille reste comprise entre huit et onze millimètres. Le cétoine doré, souvent accusé à tort, est nettement plus grand et ne possède pas cette succession caractéristique de touffes blanches. Il s’agit par ailleurs d’une espèce protégée en Allemagne.


Que faire en cas de découverte dans le Bade-Wurtemberg ?

Un insecte suspect ne doit pas simplement être écrasé puis jeté. Il peut fournir une information précieuse sur l’apparition d’un nouveau foyer.

Il est recommandé de le capturer dans un récipient fermé, de le photographier clairement et de noter l’endroit exact de la découverte. Lorsque cela est possible, le récipient peut être placé au congélateur afin de conserver le spécimen. Les photos et les informations peuvent ensuite être transmises au service phytosanitaire du Bade-Wurtemberg à l’adresse pflanzengesundheit-kaefer@ltz.bwl.de.

Il vaut mieux signaler un insecte qui se révélera finalement être une espèce locale que de laisser passer le début d’une nouvelle population.


Une bataille qui se joue maintenant

Soixante-dix-sept captures ne signifient pas que les jardins de la région seront dévorés dans les prochaines semaines. Mais elles montrent que le scarabée japonais est désormais bien présent autour de Bâle et que la lutte entre dans une phase décisive.

Tant que les populations restent limitées et localisées, une éradication ou au moins un ralentissement de leur progression reste envisageable. Une fois l’insecte installé sur un vaste territoire, comme dans le nord de l’Italie, la bataille devient beaucoup plus difficile.

Pour les habitants du Rhin supérieur, le geste le plus utile reste finalement assez simple : observer, reconnaître et signaler. Dans ce cas précis, une photo prise au bon moment peut réellement aider à protéger les vignes, les vergers et les jardins de toute une région.

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