Sécheresse : dans l’Eichwald, de l’eau apportée aux animaux sauvages

Peter Parcoeur • 17 août 2026

Dans l’Eichwald, vaste secteur forestier situé entre Müllheim, Badenweiler et Zunzingen, la sécheresse prolongée de l’été 2026 affecte désormais directement les conditions de vie de la faune sauvage. Alors que plusieurs points d’eau naturels se sont asséchés, le garde-chasse Nikolaus Richter organise des apports réguliers afin de maintenir des possibilités d’abreuvement dans son territoire. Une intervention qui illustre les conséquences très concrètes d’un déficit hydrique durable sur les écosystèmes forestiers du Markgräflerland.

Depuis plus de deux mois, les précipitations sont devenues extrêmement rares dans l’Eichwald. Cette situation se traduit par un assèchement progressif des fossés, des petits cours d’eau et de nombreuses zones humides habituellement présentes dans le massif. La végétation elle-même porte les traces de ce déficit hydrique, notamment sous les hêtres dont les couronnes se dessèchent par endroits. Mais les effets de la sécheresse ne concernent pas uniquement les arbres : ils modifient également les conditions d’accès à l’eau pour de nombreuses espèces animales.


Nikolaus Richter, garde-chasse responsable d’un territoire d’environ 440 hectares dans le secteur du « Niederweiler Eichwald », parcourt ainsi régulièrement son domaine afin d’alimenter plusieurs points d’eau. Les quantités transportées peuvent atteindre plusieurs centaines de litres au cours d’une même tournée. L’objectif n’est pas de recréer artificiellement un réseau hydraulique forestier, mais de maintenir quelques zones suffisamment humides pour permettre aux animaux de traverser les périodes les plus critiques sans subir un manque d’eau trop important.


Certaines installations utilisées à cette fin n’avaient d’ailleurs pas été conçues comme des abreuvoirs. Plusieurs petits bassins présents en bordure des chemins avaient initialement pour fonction de retenir temporairement l’eau lors de fortes précipitations et de protéger les voies forestières contre le ruissellement et l’érosion. Dans le contexte actuel, leur rôle s’est inversé : au lieu de recueillir une eau devenue rare, ils doivent être remplis artificiellement. Ces petits bassins constituent alors des points d’abreuvement fréquentés par une faune variée.


Les traces observées dans la boue autour de ces zones montrent notamment le passage de chevreuils, de sangliers, de renards et de blaireaux. Les amphibiens profitent également de ces surfaces temporairement maintenues en eau. L’importance écologique de ces installations dépasse donc la seule question du grand gibier. Dans un environnement asséché, même une petite quantité d’eau peut constituer un microhabitat essentiel pour plusieurs espèces.


L’approvisionnement est toutefois compliqué par la configuration du terrain. Certaines parties de l’Eichwald sont éloignées des routes forestières ou situées sur des pentes où il est impossible d’acheminer de grandes réserves. Nikolaus Richter a donc recours à des dispositifs plus modestes. Des réservoirs placés dans le sous-bois peuvent alimenter progressivement une petite dépression du sol grâce à un système de régulation : lorsque le niveau baisse sous l’effet de l’évaporation ou de la consommation des animaux, une nouvelle quantité d’eau est libérée. Ces installations permettent de prolonger l’autonomie d’un point d’abreuvement tout en limitant les interventions humaines.

Le comportement des animaux évolue lui aussi avec les conditions météorologiques. Une partie de leurs besoins hydriques peut habituellement être couverte par l’eau contenue dans la végétation ou par la rosée qui se forme durant la nuit. Lorsque les températures nocturnes diminuent suffisamment, la condensation sur les plantes représente en effet une source complémentaire d’humidité. Cette possibilité disparaît en revanche en grande partie lorsque les nuits restent très chaudes. La succession de journées sèches et de nuits dites tropicales peut donc accentuer encore davantage la pression sur les ressources disponibles.


La sécheresse pose également la question du dérangement de la faune par les activités de loisirs. L’Eichwald est fréquenté quotidiennement par des promeneurs, des cyclistes, des vététistes et des propriétaires de chiens. En temps normal, cette coexistence fait partie du fonctionnement habituel d’un massif périurbain. Lorsque les ressources deviennent rares, la situation est toutefois plus sensible. Les animaux cherchent à limiter leurs déplacements et leurs dépenses énergétiques, particulièrement pendant les heures les plus chaudes.

Le maintien d’une certaine tranquillité autour des zones de refuge et des points d’eau devient alors important. Les usagers de la forêt sont ainsi invités à rester sur les chemins existants et à éviter les itinéraires improvisés traversant les zones de végétation dense. La maîtrise des chiens revêt également une importance particulière : la poursuite d’un animal sauvage ou son déplacement forcé peuvent provoquer une dépense énergétique inutile à un moment où celui-ci est déjà soumis au stress thermique et au manque d’eau.


Cette problématique est encore plus marquée à la tombée du jour. Durant les épisodes de forte chaleur, de nombreux mammifères réduisent leur activité diurne et attendent les heures plus fraîches pour se déplacer. Les points d’eau sont donc particulièrement fréquentés en soirée et pendant la nuit. Une présence humaine prolongée à proximité peut retarder ou empêcher temporairement l’accès des animaux à ces ressources.

À la contrainte hydrique s’ajoute enfin le risque d’incendie. La végétation sèche, les feuilles mortes et les sols desséchés constituent un combustible particulièrement sensible. Dans ces conditions, les règles habituelles de prudence prennent une importance accrue : l’usage du feu doit être strictement évité et le stationnement de véhicules sur des surfaces couvertes d’herbes ou de feuilles sèches peut présenter un danger, certaines parties du système d’échappement atteignant des températures suffisamment élevées pour provoquer un départ de feu.


Même le retour ponctuel de quelques précipitations ne suffirait probablement pas à rétablir immédiatement une situation normale. Après plusieurs semaines de déficit hydrique, une pluie brève peut humidifier la surface du sol sans pour autant réalimenter durablement les fossés, les mares temporaires ou les réserves d’eau du sous-sol. Une amélioration réelle nécessiterait des épisodes pluvieux suffisamment longs et répétés pour restaurer progressivement l’humidité de l’écosystème forestier.


L’intervention menée dans l’Eichwald constitue ainsi un exemple très concret de l’adaptation locale à une période de sécheresse exceptionnelle. Elle met aussi en évidence la dépendance de la faune à des ressources parfois très modestes et la nécessité de réduire les perturbations humaines lorsque celles-ci deviennent rares.



Pour les habitants et les visiteurs, la contribution la plus utile demeure finalement simple : respecter les chemins, maîtriser les chiens, préserver la tranquillité de la forêt aux heures sensibles et éviter tout comportement susceptible d’accroître le risque d’incendie. Dans un été marqué par la sécheresse, la protection de la faune repose autant sur les interventions de terrain que sur la vigilance collective.

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