Des buffles à Bad Krozingen !?
La ville de Bad Krozingen achève actuellement l’élaboration de son plan de mise en réseau des biotopes. Ce programme vise à relier entre eux les espaces naturels encore existants afin de limiter la disparition des espèces animales et végétales. Parmi les mesures étudiées figure une proposition inhabituelle : faire pâturer des buffles d’eau sur certaines parcelles situées en direction de Schmidhofen.

Relier les habitats pour enrayer le recul des espèces
L’intensification de l’agriculture, l’extension des zones urbanisées et la construction d’infrastructures routières contribuent à réduire et à fragmenter les habitats naturels. Même lorsque des espaces écologiquement précieux subsistent, leur isolement limite les déplacements des animaux, la dispersion des plantes et les échanges génétiques entre les populations.
La notion de réseau de biotopes, appelée en allemand Biotopverbund, repose précisément sur la nécessité de relier ces différents milieux. Il ne s’agit donc pas uniquement de protéger quelques réserves naturelles isolées, mais de créer un ensemble cohérent de prairies, de jachères, de haies, de talus, de zones humides et de corridors écologiques.
À Bad Krozingen, certaines expériences menées sur d’anciennes terres agricoles ont déjà montré l’intérêt de cette démarche. Des surfaces autrefois cultivées ont été transformées en jachères, offrant de nouveaux habitats à plusieurs espèces d’oiseaux des espaces ouverts, notamment la perdrix grise, l’alouette des champs et le bruant proyer.
Ces résultats avaient été présentés à des représentants de la municipalité et du conseil communal lors d’une visite à vélo organisée durant l’été 2025 avec des spécialistes de l’environnement.
Un plan communal bientôt finalisé
L’état d’avancement de la planification a récemment été présenté au conseil municipal par Anna-Lisa Schneider, représentante de la société fribourgeoise BHM Planungsgesellschaft mbH.
Selon cette dernière, le projet est désormais proche de son achèvement. Une présentation publique doit permettre d’informer les habitants, les exploitants agricoles et les propriétaires fonciers, dont la participation sera indispensable à la mise en œuvre concrète des différentes mesures.
Le Landschaftserhaltungsverband, organisme chargé de la préservation des paysages et de la coordination de projets environnementaux, est également associé à la démarche.
La mise en réseau des biotopes n’est pas une idée nouvelle. Elle faisait déjà l’objet de réflexions à la fin des années 1980. Toutefois, les objectifs ont été renforcés par la loi du Bade-Wurtemberg sur la biodiversité adoptée en 2020.
Le Land prévoit que le réseau écologique fonctionnel représente au moins 15 % des surfaces non urbanisées d’ici à 2030. La responsabilité de la planification et de l’application de ces orientations revient en grande partie aux communes.
Un territoire largement agricole
Environ 76 % du territoire communal de Bad Krozingen est constitué de surfaces ouvertes, c’est-à-dire de terrains situés en dehors des forêts et des zones bâties. Il s’agit cependant majoritairement de terres agricoles intensivement exploitées.
Les zones considérées comme particulièrement précieuses sur le plan écologique ne représentent actuellement qu’environ 0,9 % de ces espaces ouverts.
Passer directement de 0,9 % à 15 % de surfaces naturelles de grande qualité paraît difficilement réalisable. Les responsables du projet privilégient donc une approche fonctionnelle. L’enjeu consiste moins à transformer une grande partie du territoire en réserve naturelle qu’à améliorer progressivement la continuité entre les habitats existants.
Dans une région dominée par les cultures agricoles, les mesures doivent notamment répondre aux besoins des espèces qui vivent dans les champs, les prairies et les vignobles.
Les buffles d’eau comme gestionnaires du paysage
Parmi les propositions étudiées figure la mise en place d’un pâturage permanent sur certaines parcelles situées en direction de Schmidhofen.
Ces espaces pourraient être entretenus toute l’année par des bovins, des chevaux ou des buffles d’eau. Le choix de ces animaux ne serait pas uniquement agricole. Leur présence peut contribuer à diversifier les milieux naturels.
En broutant, ils empêchent la végétation de devenir trop uniforme ou trop dense. Le passage de leurs sabots crée de petites zones de sol nu, des dépressions et des espaces temporairement humides. Leurs déjections attirent également des insectes, lesquels constituent à leur tour une ressource alimentaire pour de nombreux oiseaux et petits mammifères.
Le buffle d’eau est particulièrement adapté aux terrains humides ou marécageux. Il peut consommer des végétaux souvent délaissés par les autres animaux domestiques et contribuer à maintenir des paysages ouverts.
Sa présence favorise ainsi la création d’une mosaïque de microhabitats : zones d’herbe courte, secteurs plus élevés, mares, surfaces boueuses et végétation aquatique.
Le recours à ces animaux reste cependant une hypothèse. La municipalité devra trouver un exploitant disposé à prendre en charge un tel troupeau. La sécurisation des parcelles devra également être soigneusement étudiée, les buffles d’eau étant réputés robustes, mobiles et parfois difficiles à contenir avec des clôtures conventionnelles.
Des pratiques agricoles plus favorables à la nature
La planification ne repose pas uniquement sur le pâturage. Plusieurs mesures sont proposées pour améliorer la qualité écologique des prairies.
L’une d’elles consiste à limiter la fréquence des fauches, par exemple à deux coupes annuelles, et à retirer l’herbe coupée afin d’éviter un enrichissement excessif des sols. Une réduction des apports d’engrais est également recommandée.
Le maintien de bandes d’herbes hautes permettrait aux insectes, aux reptiles et aux petits mammifères de conserver des zones de refuge, y compris après la fauche d’une parcelle.
Les techniques de coupe pourraient par ailleurs être adaptées afin de réduire la mortalité des animaux cachés dans la végétation. Une fauche progressive, effectuée du centre vers l’extérieur ou à une hauteur suffisante, facilite notamment la fuite de certaines espèces.
Toutes ces transformations reposeraient principalement sur le volontariat. Elles pourraient être soutenues par des aides agricoles, des mesures compensatoires ou des dispositifs de crédit écologique, appelés Ökokonto en Allemagne.
Protéger les oiseaux des milieux agricoles
À Bad Krozingen, une attention particulière doit être portée aux oiseaux vivant dans les paysages ouverts.
L’alouette des champs, la perdrix grise et le bruant proyer ont besoin de surfaces peu boisées, d’une végétation diversifiée et d’espaces où ils peuvent se reproduire sans être dérangés.
La création de bandes fleuries, de jachères et de cultures moins denses pourrait améliorer leurs conditions de vie. Les experts recommandent également d’éviter la multiplication de hauts arbres, de bâtiments ou de structures verticales dans certaines zones, car ces éléments peuvent servir de postes d’observation aux prédateurs.
La régulation du renard est également évoquée parmi les outils possibles pour limiter la pression exercée sur les oiseaux nichant au sol. Cette proposition devra toutefois s’inscrire dans une stratégie équilibrée prenant en compte l’ensemble de l’écosystème.
Préserver les vignobles et les milieux secs
Les coteaux viticoles représentent un autre enjeu important. Les talus, les murs en pierre sèche et les affleurements de lœss constituent des habitats précieux pour de nombreux insectes, reptiles et plantes adaptées aux milieux chauds et secs.
Le plan recommande une gestion extensive des talus, le maintien de secteurs non fauchés et la remise en état de certaines parois de lœss ou de murs anciens progressivement envahis par la végétation.
Ces éléments paysagers jouent également un rôle de corridor. Ils permettent aux espèces de circuler entre différents espaces naturels et contribuent à la diversité caractéristique des paysages du Markgräflerland.
La question du financement des exploitants
Le conseil municipal de Bad Krozingen a accueilli favorablement les grandes orientations de la planification. Plusieurs élus ont cependant souligné les conséquences économiques possibles pour les agriculteurs.
Lorsqu’un exploitant réduit l’intensité de ses cultures, renonce à une partie de son rendement ou retire certaines surfaces de la production, il subit une perte financière qui doit être compensée.
Certains représentants du conseil craignent également que la diminution du nombre de terres disponibles augmente la pression sur les parcelles encore proposées à la location, au détriment notamment des petites exploitations.
Une réflexion pourrait donc être engagée sur les contrats de fermage et sur la création d’incitations financières destinées aux agriculteurs qui acceptent de mettre en œuvre des mesures écologiques.
La réorganisation foncière actuellement menée sur le territoire de Bad Krozingen pourrait cependant compliquer le processus, puisque la répartition et l’affectation de certaines parcelles sont encore susceptibles d’évoluer.
Associer la population au projet
Plusieurs élus souhaitent que les habitants soient directement associés à la mise en œuvre du réseau de biotopes.
Des opérations collectives pourraient être organisées pour entretenir des talus, restaurer des murs en pierre sèche, planter des bandes fleuries ou dégager certains habitats. Des campagnes de dons pourraient également contribuer au financement de projets locaux.
Le maire de Bad Krozingen, Volker Kieber, s’est notamment déclaré favorable aux initiatives de restauration des talus, comparables à celles déjà menées dans les régions du Kaiserstuhl et du Tuniberg.
La participation citoyenne ne remplacerait pas le travail des agriculteurs, des associations et des services spécialisés, mais elle pourrait renforcer l’acceptation du projet et sensibiliser la population aux causes de l’érosion de la biodiversité.
Une proposition encore à concrétiser
La présence future de buffles d’eau sur le territoire de Bad Krozingen n’est donc pas encore décidée. Elle constitue l’une des nombreuses propositions inscrites dans un programme plus large de protection des habitats.
Sa réalisation dépendra de la disponibilité des terrains, de l’accord des propriétaires, de l’engagement d’un éleveur et de la mise en place d’un financement durable.
Au-delà de son caractère spectaculaire, cette idée illustre une évolution des politiques de protection de la nature. Les animaux d’élevage ne sont plus uniquement considérés comme des outils de production agricole. Dans certaines conditions, ils peuvent aussi devenir de véritables acteurs de l’entretien des paysages et de la restauration des écosystèmes.
Le principal défi consistera désormais à transformer les recommandations techniques en mesures concrètes, continues et économiquement acceptables pour les exploitants comme pour la collectivité.









